jeudi 3 juin 2010

Le problème de l'artisanat en Inde

La civilisation indienne est une civilisation indoeuropéenne. Elle est donc fondée sur l'opposition entre la pensée et la matière, entre l'intellectuel et le manuel. En Inde, tout ce qui est manuel est impur et inférieur à ce qui est de l'ordre de la conception. Vous ne verrez jamais un ingénieur changer une ampoule.
Dans le domaine de la facture d'instruments de musique, la situation n'est guère différente. Même les constructeurs d'instrument prestigieux, comme Hemen à Kolkata, font faire les instruments par des artisans sous-payés et sous-équipés, pour les vendre ensuite comme leur s œuvres propres... Voici un petit film ou l'on voit l'un de ces ateliers ruraux, dont l'existence est jalousement gardée secrète par les soit-disant "facteurs d'instruments" de la grande ville comme Hemen. Voilà pourquoi les instruments souffrent souvent de défauts de construction, et voilà aussi pourquoi ils sont si chers. Alors qu'un artisan est payé 5000 roupies/mois dans le meilleur des cas, un sarod est vendu en ville 50 000 roupies, et près de 100 000 roupies pour un sursingar (gros sarod) ! La famille Hemen (dont le patriarche nous a quitté il y a peu) ne lésine pas sur ses marges ! L'emprise de ce clan peu scrupuleux est typique de la situation de l'artisanat indien.




Des activistes sociaux essaient d'aider ces artisans en leur expliquant comment vendre directement leur production sur internet. Dans ce document, on reconnaît notamment Shubha Mudgal, fan de Kabîr et disciple de Kumar Gandharva. Mais malgré leur bonne volonté, on s'aperçoit vite qu'ils ont du mal à franchir le fossé de classe qui les sépare de ces artisans de Mirâj, autre lieu de production d'instruments, mais situé au sud de Mumbay :



De toutes les façons, même si un artisan parvient à avoir pour lui tout l'argent, il se transformera en patron, et sous-traitera à son tour... même si les sous-traitants sont des membres de sa famille ! Les exploités deviennent exploitants dès que l'opportunité se présente.

1 commentaire:

LeBlogYoga a dit…

C'est effectivement triste et cela rappelle les pratiques de nos marchants qui vont fabriquer leurs trucs dans des pays où ils peuvent exploiter sans vergognes la misère sociale. Il ne faut pas oublier que en marge de la pauvreté l'Inde est aussi composée de gens très riches, très très très riches...

Que cela ne nous empêche pas d'apprécier la musique et le Sarod. Pour le plaisir un morceau de musique interprété par Rajrupa Chowdhur.

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