lundi 15 janvier 2018

La conscience peut-elle être sans volonté ?

On pourrait
décrire notre essence
comme un ciel immuable
dans lequel
passent les choses, tout,
comme des nuages.


La question est : qu'est-ce qui est ciel, qu'est-ce qui est nuage ?

Partant de la dualité ciel-nuage implicite dans cette comparaison,
je me demande si la volonté est ciel, ou nuage.

Ma volonté est-elle mon essence,
ou n'est-elle qu'un accident ?

La conscience est mon essence, car elle est toujours présente.
De fait, la conscience est présente en toute expérience
car elle est l'expérience elle même.
Conscience est synonyme d'expérience.

Donc la conscience n'est pas une chose ou un contenu parmi d'autres
de mon existence.
Elle est la texture de mon existence.
certain dirons qu'elle en est la "condition de possibilité".
En clair : sans elle, rien.
 Impossible de la nier, car la nier, 
c'est encore grâce que je le fais.
Pas de nuages, si sombres soient-ils, sans ciel.

Mais ma volonté ?
Est-elle ciel, est-elle nuage ?
Est-elle un fait, donné immédiat comme la conscience ?

Je trouve que oui.
Quand je me ressaisi directement,
je me découvre comme conscience, certes,
mais comme conscience inséparable de la volonté.
Conscience est synonyme de volonté.

Car tous les arguments pour la conscience comme essence
sont valable pour la volonté.

En effet, si je prends, a priori, 
ma volonté pour un contenu qui va et qui vient au sein
de l'espace de ma conscience, comme une mouche,
c'est parce que je la confond avec ses objets.

De même que la conscience a un contenu,
la volonté a un contenu.

Je crois que la conscience change parce que je la confonds avec tel ou tel objet.
Je crois que la volonté change parce que je la confonds avec tel ou tel objet.

Mais une conscience du bleu n'est pas bleue.
La conscience du changement ne change pas.
Une volonté de bouger ne bouge pas, de même.

Comment faire l'expérience de la conscience ?
En retournant la conscience sur elle-même,
immédiatement, spontanément.
Comment faire l'expérience de la volonté ?
En retournant la volonté sur elle-même,
immédiatement, spontanément.

La conscience pure
est la même essence
que la volonté pure.

Cette conscience-volonté,
j'en fais l'expérience nue
entre deux pensées, entre deux élans.
Car il n'y pas pas de pensée sans volonté,
de même que conscience pure et volonté pure sont synonymes.

Dès lors, désir, volonté, souhait, penchant, instinct, élan, vélléité
sont autant de synonymes de la conscience,
distingués seulement selon le contenu visé.

mais quand on abstrait tous les contenus,
il n'y a qu'une seule et même expérience, volonté et conscience inséparables.

Cet élan pur, j'en fais l'expérience brute
quand je laisse cet élan remonter à sa source.
La source de la volonté n'est pas absence de volonté,
mais volonté sans objet différencié.
C'est une volonté qui veut tout.
De même, la source de la conscience 
n'est pas une absence de conscience,
mais une conscience pure,
conscience de tout,
mais sans différenciation.
Élan global.
Vision panoramique.

Comme le premier coup d’œil à un paysage, 
sur un tableau, quand j'embrasse un regard.
Il n'y a encore nulle distinction.
Une seule vision.
Et une seule volonté.

Et cette conscience-volonté,
j'aime aussi l'appeler acte, ou extase.

Et j'en fais l'expérience directe aussi
quand je me souviens d'une urgence ;
quand j'apprends une mauvaise nouvelle - ou une bonne ;
à chaque fois que je suis interrompu dans mon bavardage intérieur
- quand mon élan, l'élan que je suis, qui est tout, apparaît à vif.
Chacun découvrira plein d’expériences semblables.
Des moments.

Mais on me demandera peut-être :
- Comment connais-tu cette volonté ?
- Comment sais-tu qu'elle est universelle, comme la conscience ?

Je répondrai :
les doutes et leurs solutions sont les mêmes
que pour la conscience !

- Comment sais-tu que tel autre est conscient ?
Tu le devines, parce que, même partiellement ou confusément,
tu reconnais que la conscience en l'autre et ta conscience, c'est une seule et même conscience.
- Et tu le devines comment ?
Par le mouvement corporel et, spécialement,
par la parole. Pas seulement celle de la bouche, mais aussi celle du visage,
de la face entière.
Ainsi - miracle ! - la conscience volonté qui ne peut devenir objet, 
devient objet, ineffablement. 
Parce que vraiment, c'est ineffable, cette reconnaissance.
Sinon, comment expliquer l'amour ?
Même conditionnel, même égoïste...
D'ailleurs, même si tout amour est égoïste, n'est-ce
pas l'Ego, le Soi, que l'on aime toujours ?
Au-delà des différences, par-delà le voile de Mâyâ ?

- Comment sais-je que tu es conscient ?
Parce que je le devine !
- Comment sais que tu est volonté ?
Parce que je le devine !
- Comment ?
Par les mêmes signes !

Je serais même tenté de dire que je le sens,
pour signifier combien c'est indifférencié.

Même unité, dans les deux cas.
C'est donc la même essence.
Conscience, volonté : une essence.

- Mais la volonté est localisée dans le corps !
Ni plus ni moins que la conscience.
Les objets de conscience sont localisés.
Pas la conscience.
Or il en va de même pour la volonté.
Parfois, et comme la conscience, elle se concentre
en tel ou tel espace, comme le cœur, la poitrine, la colonne vertébrale,
les entrailles... Mais elle reste omniprésente.
La lumière du ciel, même si elle est concentrée par une loupe,
n'en reste pas moins infuse partout. De même pour la volonté !

- Mais pourquoi, alors, parle-t-on de la conscience partout,
et de la volonté (presque) nulle part ?
Parce que la conscience est plus proche de la vision,
sens prédominant, pour des raisons à la fois naturelles et culturelles.
Si nous n'avions pas d'yeux...

- Mais alors que signifie une conscience sans volonté ?
C'est une formule pédagogique.
Une conscience sans volonté, 
c'est simplement une conscience sans volonté différencié,
fixée sur un seul objet à l'exclusion des autres.
Ici comme ailleurs, il en va exactement comme pour la conscience.
Et pour une excellente raison : la conscience, c'est la volonté !
Un seul acte, une seule activité,
décrite différemment,
comme un cristal transparent posé successivement sur du bleu et du rouge.

Mais l'habitude de parler seulement de la conscience
n'est qu'une habitude. Il y a des alternatives,
importantes pour une vie intérieure pleine et entière.
Voilà pourquoi j'y reviens régulièrement.
Tout cela est simple et accessible.
Le trésor est là. Il ne demande qu'à être aimé.

jeudi 4 janvier 2018

Semaine méditation - été 2018

Une semaine de méditation
avec David Dubois


du 9 au 15 juillet 2018
dans un domaine de nature
Cliquer pour voir le lieu : 

Une semaine de méditation guidée
dans un magnifique dôme en bois
et dans la nature préservée de la Drôme

Apprentissage et pratique de la méditation
dans une approche ouverte
inspirée par le shivaïsme du Cachemire.

Des séances de méditation courtes
sans postures obligatoires
accessibles à toutes les conditions.

Nous explorerons deux approches complémentaires :
Le silence intérieur, la contemplation de l'espace, méditation de Shiva
La vibration du cœur, méditation sur la force intérieure, méditation de Shakti
Connaissance et amour

Libres de tout dogme
à l'écoute de l'intérieur
nous nous nourrirons de deux témoignages
simples et puissants 
miroirs de l'âme contemplative :
Les Soûtras de Shiva
Les Soûtras de Shakti

Ces deux approches sont complémentaires et 
toutes les deux vitales 
pour une vie spirituelle équilibrée
sur le long terme.
On les retrouve, sous différentes formes,
dans toutes les traditions intérieures,
car l'expérience essentielle est une,
mais exprimée de mille manières,
à l'image d'un diamant à mille facettes.

David Dubois a vécu en Inde de nombreuses années
où il a étudié la méditation et le shivaïsme du Cachemire
auteur d'une vingtaine d'essais et de traductions
Pour aller plus loin :

Tarifs : 
449 euros pour la pension complète
490 euros pour l'enseignement

Informations :
deven_fr@yahoo.fr
06 03 33 05 58



lundi 1 janvier 2018

Gnostique ?

Le tantrisme est-il gnostique ?


Pour répondre à cette question récurrente, il faudrait d'abord 
définir le gnosticisme, tâche notoirement difficile.

Selon le christianisme, la gnose est une sorte d'hérésie,
une variante du christianisme et, plus profondément,
un modèle qui peut inspirer et séduire à travers les siècles.
Ce ne serait pas seulement un mouvement religieux
daté historiquement,
mais un type de doctrine du salut.
Ce type serait l'idée du salut par la connaissance,
une connaissance ésotérique..

Cette définition me semble trop large,
car toute doctrine offre un salut par la connaissance,
plus ou moins réservée à une élite.
Nulle secte ne prône l'ignorance pure et simple,
et toute doctrine est élitiste,
même le thomisme.
De plus, quand on regarde les textes gnostiques,
on s'aperçoit que la connaissance qu'ils proposent
est plutôt une foi en des mythes et des rites.
Avec des mantras, même.
Pas vraiment une connaissance.
Et quand connaissance il y a, c'est du platonisme.

Mais alors, où se trouve la différence ?

A mon avis, elle est la suivante :

Est gnostique toute pensée qui place 
le Mal entre le Principe et le Monde.

Est non-gnostique toute doctrine qui place
le Mal après la création du Monde.

Cette différence de placement est cruciale.
Elle décide du statut de l'Homme et du Monde.
Donc aussi de la Nature, du Corps, du Désir et de la Femme.

Le propre d'une vision gnostique,
c'est d'affirmer que le Mal est intervenu avant même
la création du monde.
Alors que dans la doctrine chrétienne commune,
le Mal est intervenu après la création.
La création est donc bonne, à l'origine.
C'est seulement ensuite qu'elle est contaminée.

Or, on peut ainsi questionner les doctrines non-chrétiennes :
Où situent t-elles le Mal ?
Avant ou après le Monde ?
Avant ou après l'Homme ?
Avant ou après l'Individu ?

Les réponses peuvent s'avérer très inintéressantes.

Selon le Kevala-advaita de Shankara, le Mal est l'ignorance.
Or, l'ignorance intervient entre le Principe et... tout le reste.
Il s'agit donc d'une pensée gnostique : la présence du mal est originaire
et elle jette le soupçon sur absolument tout.
Dès lors, il n'est même pas possible d'envisager ne serait-ce qu'une
expérience bonne et belle/
Rappelons que, pour Shankara, même la "liberté en cette vie", une vie éveillée,
n'est pas réellement possible. C'est un compromis,
et seule la mort est le véritable salut.

Pour le tantrisme en revanche, la situation est différente.
Car le Mal - l'ignorance - intervient après l'apparition du monde
et de l'individualité.
Ainsi, le shivaïsme décrit cinq plans de conscience
où l'individualité et la dualité (donc le monde) apparaît,
mais sans ignorance.
Cette ignorance apparaît ensuite seulement, sous la forme de Mâyâ,
l'oubli de l'unité. Et c'est alors que le samsara apparaît, le monde
de souffrance dans lequel nous sommes jetés.
Mais il y a une complication : selon le gnosticisme,
il existe aussi un monde avant le notre,
c'est le Plérôme, monde de la plénitude divine originelle.

La question, au fond, est de savoir s'il peut exister
un "monde parfait" ou pas.
Et si notre monde est plutôt bon, ou plutôt mauvais.
En fait, il est impossible de trancher la question de façon simple,
même pour le tantrisme.

dimanche 31 décembre 2017

La conscience est-elle libre ?

La conscience est la condition du libre-arbitre.
Pour pouvoir dire que l'on choisit,
il faut, au minimum, être conscient.



Le shivaïsme du Cachemire va jusqu'à identifier
conscience et liberté.
Une conscience limitée a une liberté limitée,
mais elle est quand même partiellement libre.
L'individu, selon l'enseignement des Versets sur la Vibration (Spanda-kârikâ)
est doué de libre-arbitre parce qu'à chaque acte libre,
il plonge dans son essence de pure liberté,
- la pleine conscience.
Mais la plupart des individus n'en ont nulle connaissance,
ils s'attribue ce pouvoir.
Reste qu'il y a une liberté, un pouvoir
qui dépasse les lois de la nature (niyati, la Nécessité, en sanskrit).

Dès lors, il ne s'agit pas, pour le tantra non-duel,
de se délivrer de l'illusion du libre-arbitre,
mais plutôt d'élargir notre liberté
en élargissant notre conscience, notre Moi,
et même notre corps et notre désir.
Car au fond, tout cela est une seule et même réalité :
liberté, conscience, corps, désir... sont synonymes.
C'est ce que cette tradition appelle le Coeur.

Mais d'autres approches dissocient conscience et liberté.
Pour elles, comme par exemple pour le Védanta,
la liberté consiste à voir qu'il n'y a pas de Moi,
pas de libre-arbitre, et à renoncer à tous nos désirs.
Pour le Védânta, l'absolu ne désire pas, n'agit pas,
il est inactif, parce que l'action est incompatible, selon eux, 
avec la paix de la conscience pure.

Mais le shivaïsme du Cachemire n'est pas d'accord.
Certes, la conscience dépasse les pensées et les objets,
mais elle crée ces objets.
Et se ressaisisr comme conscience, c'est trouver la paix, 
mais c'est aussi participer à la créativité de la libre conscience.
La conscience désire le monde, le corps, les pensées, les images, etc.
Cette participation est l'amour divin : bhakti,
expérience peu présente dans le Védânta.

Yoga Râdja, un disciple du Sud de l'Inde dans la lignée du shivaïsme
du Cachemire, décrit ainsi cette différence :

"Les partisans de l'Immense [immobile, le Védânta], prétendent que 
c'est l'Immense lui-même, le 'maître intérieur', qui apparaît comme dualité
à cause de l'ignorance sans commencement. Ils citent ces passages [des Védas] :

'Tout ceci n'est que l'Esprit'
et
'Ici [dans l'Immense] il n'y a pas de diversité du tout !'"

Réponse du shivaïsme du Cachemire :

"Dans ces [théories] la liberté de la conscience n'a pas été reconnue ! 
Elle est doué de vie.
Dès lors, elle est la raison d'être de la création de l'univers."

(Commentaire de Yogarâdja au Paramârthasâra, 27)

Tout est dit.
Le Védânta reconnait la conscience ens a transcendance,
"au-delà des concepts et du mental",
mais il n'a pas réalisé la liberté de la conscience.
La conscience y est pur témoin inactif,
libre des pensées,
mais il n'y est pas la Déesse libre de penser.

Donc le shivaïsme du Cachemire inclut le Védânta,
mais le Védânta ne peut comprendre le shivaïsme du Cachemire.
Ou, pour le dire autrement, le Védânta est un une étape
vers la pleine conscience, 
mais il n'est pas la non-dualité en sa plénitude.
La conscience n'est pas simplement "libre de",
elle est aussi "libre pour" agir, désirer, aimer, créer.
La dualité ne résulte pas de l'ignorance, d'un manque.
Mais elle est le débordement d'une plénitude.
Bien sûr, il y a l'ignorance.
Mais cet aveuglement lui-même
est librement désiré, par jeu de grâce amoureuse.

samedi 30 décembre 2017

Le regard tourné vers l'interieur

Le retournement de l'attention vers soi
est le geste de la délivrance directe.
Quand je me retourne ainsi,
tout est parfait :
silence intérieur absolu,
sans éliminer les perceptions des cinq sens. 
On se sent alors comme une immense sphère de cristal,
transparente et lumineuse.



Ce geste est enseigné dans bien des traditions de sagesse.
Par exemple, dans le shivaïsme du Cachemire,
c'est le Geste de Shiva (shiva-mudrâ, shâmbhavî, bhairavîya)
ou l'attention se retourne vers l'intérieur
tandis que les cinq sens restent grands ouverts à l'extérieur.
Ainsi, je me reconnais transparent,
sans plus aucune dualité entre l'intérieur et l'extérieur.
Méditer, c'est simplement cultiver cette expérience.

Dans les Oupanishad, il est aussi question de ce retournement.
Il y a le verset célèbre de la Katha, où il est question d'un sage
qui, un jour, retourna son regard vers soi et qui, ainsi,
savoura l'immortalité.

Dans la Taittirîya, il y a le verset qui
enseigne la présence de l'Immense (brahman)
dans la "caverne du coeur", 
au coeur de l'intellect ou intelligence (dhî, buddhi).
Ici "intellect" est à prendre au sens traditionnel :
la faculté la plus subtile et raffinée en chacun,
l'oeil de l'esprit, l'attention, la conscience.

Or, notre essence est l'essence de tout.
Ce qui gît au coeur de chacun est
cela même qui se trouve au coeur du soleil.

Comment le contempler ?
En retournant notre attention vers l'intérieur.
Voici comment Vidyâranya, un maître célèbre du XIVe siècle,
résume ce geste :


"Tout en faisant abstraction du monde extérieur
et de (ses) cinq couches,
la vision tournée vers l'intérieur
voit directement l'Immense
en sa nudité."

(Taittirîya-vidyâ-prakâsha, 19)

"Les cinq couches" sont le corps, les sensations, les pensées et l'inconscience. 
Au-delà se trouve
le Soi, pur regard qui contemple ces choses.
"La vision tournée vers l'intérieur" : littéralement,
"le regard (dhî) avec le visage (mukha) vers l'intérieur (antar)".
Un simple retournement du regard vers lui-même.
Je suis pure vision.
Je ne suis pas un corps qui regarde d'autres coprs
à travers deux yeux.
Je suis pure vision, sans dualité,
sans intérieur ni extérieur.
Je suis comme l'espace qui embrasse toutes choses.
Quand je me "vois" dans les pensées,
je m'identifie aux pensées,
je crois que je me définit par elles.
Mais quand je me retourne, je me vois
"dans ma nudité" (sarvopâdhivivarjitam),
je me vois immense, brut,
sans forme ni couleur,
parfaitement immobile et silencieux.
Il n'y a aucune séparation.
C'est une vision directe,
sans raisonnement, sans parole,
même si la parole est ensuite nécessaire pour donner du sens
à cette vision non-duelle 
et la transposer en une certitude capable de guider la vie quotidienne.

Vidyâranya ajoute encore que
le regard tourné vers l'extérieur ne voit
que l'Immense, mais mélangé avec ses reflets,
avec les formes et les noms.
Je crois alors que cette essence divine est lointaine et inaccessible - Dieu.
Ce qui n'est certes pas faux,
puisque jamais formes ni noms
ne pourront définir l'Immense.
Mais d'un autre côté, "Dieu"
n'est autre que cette Lumière transcendante
et inaccessible,
car il est le regard même qui cherche l'Immense !
Dieu est inaccessible parce qu'il se cherche hors de lui-même. 
Quand ce regard en recherche, ce "mental",
se retourne, il se découvre Immense,
cela même qu'il cherchait.
Trop proche, trop facile, trop évident...

Quand je pense à Dieu, je le conçoit comme éloigné, inaccessible.
Quand je me conçois, je me conçois comme incarné,
mortel, limité.

Mais quand je retourne mon regard,
ou plutôt quand "je" me retourne,
je me vois à l'état brut, dépouillé
de toutes ces choses,
et alors je vois
que l'Immense, là-bas
et le Soi, ici,
sont identiques.
C'est la reconnaissance libératrice.
La vie intérieure est cette vie.
La méditation est la familiarisation avec ce regard.
Par ce regard vers l'intérieur (antar-drishtyâ dit Vidyâranya),
l'état de créature limité est anéanti.

Et, ajouterai-je,
la personne s'accomplit ainsi.
Paradoxe.

Vidyâranya poursuit :

"Quand la vision vers l'extérieur cesse,
ce qui est vu grâce au regard tourné vers l'intérieur,
c'est le trésor,
c'est la conscience vivante,
c'est l'Immense !" (22)

A quoi bon ?
Le sage répond :

"Si l'on demande à quoi sert
de voir le Suprême ? - on répond
que cela sert à combler tous les désirs". (23)

Oui, se voir soi-même,
sans forme ni nom,
c'est combler tous les désirs,
c'est ressentir tous les plaisirs,
car tout plaisir n'est qu'un fragment
de cette absolue plénitude
qui est notre essence.
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